• Chapitre 17 : A la recherche du bonheur

     Chapitre 17 : A la recherche du bonheur

    Point de vue de Steve

     

    Ma réaction face à Tim a été beaucoup trop exagérée, mais j’étais perdu. Comment réagir face à ces révélations ? Au fond de moi, je suis certain que je le savais… Alors pourquoi a-t-il fallu que je réagisse ainsi ? Est-ce le fait que tout soit devenu officiel ? Suis-je vraiment gay ? Je me laisse tomber sur le sol me prenant la tête entre les mains. J’ai envie de hurler, de laisser sortir toute la frustration que je ressens au fond de moi. Je suis prêt à exploser lorsqu’une main se pose sur mon épaule. Je me retourne et vois mes deux frères. Je me sens immédiatement beaucoup mieux et les laisse s’asseoir à mes côtés, à même le sol.

     

    -On est là, commence Thomas. Tu peux compter sur nous.

    -Nous sommes frères, ajoute Adam alors quoiqu’il se passe dans ta vie, nous trouverons une solution, ensemble.

     

    Je m’allonge sur le sol et me perds dans la contemplation du ciel. Je ne sais pas comment avouer à mes frères ce que j’ai dit à Tim… J’en ai tellement honte et je n’ai pas envie qu’ils me jugent pour ça, pour une erreur…

     

    -Lance-toi, intervient Adam me coupant dans mes pensées. Plus vite tu nous diras le fond de ta pensée, plus vite tu te sentiras soulagé.

     

    Je leur souris, heureux de les avoir à mes côtés. Je leur décris, dans les moindres détails ma soirée chez Tim. Leur réaction n’est pas celle à laquelle je m’attendais. Ils éclatent de rire me laissant totalement perplexe.

     

    -Je vois que mon malheur vous fait rire, dis-je souriant devant leur visage joyeux.

    -Tu es excellent ! Rit Adam. Même après tout ce temps tu n’es pas capable de voir clair dans tes sentiments.

    -Laisse tomber la salope qui te sert de petite amie, ajoute Thomas, et retourne voir Tim pour lui avouer tes sentiments.

    -Mes sentiments pour qui ? Je demande étonné par leur parole.

    -Pour lui idiot, répond Adam en me tapant l’épaule. Il serait peut-être temps que tu te fasses à l’idée que tu préfère les hommes.

    -N’importe quoi vous deux, mais j’ai peur d’avoir perdu l’amitié de Tim à cause de ma bêtise.

    -Alors vas le voir pour t’expliquer avec lui, suggère Adam. Si vous restez tous les deux dans votre coin, votre situation ne changera pas.

     

    Il n’a pas tord, mais je ne sais pas comment m’y prendre pour cela. Je pense qu’il faut vraiment que je mette un terme à ma relation avec Géraldine. J’ai tenté de repousser la discussion concernant l’accident d’Ayame, mais je ne peux plus reculer maintenant. Je dois mettre les choses au point. En plus, je passe mon temps à l’éviter et mon corps ne réagit même plus en sa présence. Je dois me rendre à l’évidence, mon amour pour elle est mort et je dois maintenant le lui faire comprendre. Je verrais à arranger les choses avec Tim lorsque j’aurais mis de l’ordre dans ma vie.

     

    ***

     

    Je trouve Géraldine entrain de trainer avec ses amies dans la cour de l’université. J’évite soigneusement de répondre aux petits signes de Valérie pour me concentrer sur ma petite amie. Cette dernière tente de faire comme si je n’existais pas mais je vois bien qu’elle est à deux doigts de me sauter dans les bras. Un seul signe de ma part et elle ne résistera pas. Mais je ne veux pas de ça.

     

    -Géraldine, nous devons parler. C’est important.

    -Je ne suis pas à ton service et je suis entrain de passer du temps avec mes amies, alors repasses un autre moment.

    -Soit tu me suis et on parle en tête à tête, soit on parle devant tout le monde. C’est ton choix.

    -Je préfère rester ici alors tu peux t’excuser devant tout le monde, cela ne te fera pas de mal.

    -Tu es sûre de toi ? J’insiste ne voulant pas la rendre mal à l’aise ?

     

    Elle me fait un signe de la main me signifiant qu’elle perd patience et qu’elle veut que je me dépêche de lui dire ce que j’ai sur le cœur. Tant pis pour elle…

     

    -Toi et moi c’est fini. Je ne t’aime plus et je ne veux plus rien avoir à faire avec toi. Donc oublie-moi.

     

    La tête de Géraldine vaut le détour. Je n’ai jamais voulu lui faire du mal, personne ne le mérite. Mais je ne vois pas d’autres façons de le lui dire.

     

    -Tu ne peux pas me laisser tomber ! Tu n’en as pas le droit ! Toi et moi c’est pour la vie ! On devait se marier et…

    -Arrêtes ça tout de suite. C’est dans ta tête tout ça. Je n’ai jamais promis de me marier avec toi. Comment puis-je encore rester à tes côtés sachant ce que tu as fait à Ayame ?

    -Elle le méritait !

    -Arrêtes tes conneries ! Personne ne mérite de mourir, surtout pas elle ! Il ne s’est jamais rien passé entre elle et moi mais ta jalousie excessive et maladive a pourrie notre relation et ma vie. Je ne veux plus de ça maintenant. Sois heureuse mais sans moi.

    -C’est à cause de lui ? De Tim ? Il a réussi à se débarrasser de moi… Mais je te promets qu’il va me le payer !

    -N’y pense même pas si tu ne veux pas que ma vengeance te fasses encore plus de mal ! Fais-toi une raison maintenant et laisse-moi vivre ma vie.

     

    Avant qu’elle ne puisse dire quoique ce soit je lui tourne le dos et mets autant de distance que possible entre elle et moi. Je l’entends alors hurler des insanités sur mon compte et sur Tim, mais je n’y fais pas attention. C’est une femme blessée, je peux bien lui accorder le droit de me traiter de tous les noms…

     

    ***

    Point de vue de Tim

     

    Je suis vraiment anéantie par les propos de Steve. Je ne le pensais pas aussi cruel. J’ai senti mon cœur voler en éclat… Depuis Corbin, il est le seul a qui j’ai réussi à donner mon cœur. Il est vrai que j’ai toujours su que ses sentiments n’étaient pas réciproques, mais de là à le dégouter… Je le pensais tout de même plus ouvert avec un frère bi et un autre gay… Comme quoi, mon instinct ne me trompait pas…

    Chaque jour, en rentrant de l’université, j’ai espoir de le voir devant ma porte, mais rien. Les jours passent sans qu’il ne m’adresse la parole. Je ne sais plus quoi faire, sa présence me manque tellement ! Alors qu’à la maison je me languis de lui, à l’école je vis un enfer : quelqu’un fait courir le bruit que je suis un homme facile prêt à accepter toutes les avances car je ne vis que pour le sexe… Du coup, je passe mon temps à repousser et éviter les garçons. Mon numéro de téléphone a même été affiché à plusieurs endroits stratégiques de la ville me faisant ainsi harceler jour et nuit. Au début ce n’était que des propositions plus ou moins osées de plan cul, mais bien vite, les menaces arrivèrent. J’en arrive même à rester enfermé chez moi, n’osant même plus aller en cours. Je n’ai pas revu Steve depuis cette fameuse soirée où tout est parti en vrille. Inquiète, Aya finit par venir me voir.

     

    -Ben alors, qu'est-ce qui t'arrive ?

     

    Je lui raconte tout en détail : de la soirée chez moi aux menaces que je reçois en passant par les brimades dont je suis l’objet à l’université. Même le regard plein de haine et de dégoût de Steve y passe.

     

    -Ma vie est un désastre ! Même dans la rue des gens s'amusent à me faire peur en me suivant !

    -Vu les amis qu'il fréquente, ce n'est certainement pas un garçon pour toi. Il va quand même falloir que tu retourne un jour à l’école...

    -Avec mes excellents résultats scolaire, je comptais continuer à étudier de chez moi...Tu y arrives bien toi.

    -Je n'ai pas le choix, soupire Aya. Ma maladie fait que je suis trop faible pour supporter une journée entière de cours... Mais toi tu es assez fort pour ça.

    -Non, je t'assure. Je n'ai plus la force d'affronter le regard des autres.

    -Et depuis quand tu t'en préoccupe ?

    -Depuis que celui de Steve me donne des cauchemars...

     

    Aya se lève alors se préparant à partir.

     

    -Je sais ce qu'il te faut : rencontrer quelqu'un d'autre. Je vais te créer un profil sur Simsavie et fais-moi confiance, je vais te trouver la perle rare !

     

    Les jours passent... Le temps parait si long ! Steve me manque énormément et je tourne en rond me rappelant les débuts... Les débuts de quoi au juste ? En y repensant, tout cela me parait bien étrange. Certes, je suis le garçon le plus intelligent de la classe, mais les mecs comme Steve ne se sont jamais intéressés à des intellos comme moi... Pourquoi alors être venu me voir moi ?

     

    ***

     

    N'en pouvant plus de rester enfermé et un mois s'étant écoulé sans que je ne remette les pieds au lycée, je décide d'y retourner. J'ai changé de numéro de téléphone. De toutes façons, il n'y a plus aucune chance que Steve me rappelle un jour... Les choses semblent s'être calmées. Plus personne n'essaye de m'embrasser ou de me faire pire. Je marche quand même en regardant autour de moi prêt à n'importe quelles éventualités.

    Je suis dans un état second lorsque j’approche de notre salle de classe. Je soupire rien qu’à l’idée de devoir passer ma journée enfermée avec tous ceux qui me regarde soit avec pitié, soit avec dégoût. Puis je le vois… Nos regards se croisent mais je ne parviens pas à soutenir le sien. Aussitôt ses mots blessants me font mal. Je sens mon cœur se  briser un peu plus. Il ne fait pas un pas pour venir à moi, je fais de même…

    La matinée est un calvaire. A plusieurs reprises j’ai senti son regard se poser sur moi… J’en tremble encore, mais je ne dois pas me laisser distraire. Après tout, trouver l’amour n’a jamais été ma priorité, surtout depuis que je suis tombé malade. Je veux être médecin, et je ferai tout pour l’être.

    Lucas n’est pas là en ce moment, il a fait une rechute. Il est donc à l’hôpital sous étroite surveillance… Voir un garçon aussi adorable que lui vouloir mettre fin à ses jours fait vraiment peur. Nous ne sommes plus à l’abri de rien, malheureusement… C’est donc seul que je mange à la cantine, mes pensées revenants sans cesse à cette soirée cauchemardesque. Soudain je reçois un message d’Aya :

     

    -« Ca y est, je viens de trouver chaussures à ton pied. Viens chez moi des que tu peux. Bisous beau gosse ».

     

    Je souris. C’est vraiment une amie en or… faute de savoir choisir mes petits amis, j’arrive au moins à bien choisir mes amis. Ce n’est déjà pas si mal. Je sais que je peux lui faire confiance. Je dois tirer un trait définitif sur Steve… Après tout, Aya a raison : vu sa réaction en apprenant mon homosexualité, ce n’est pas quelqu’un de si bien que ça. Ma première impression sur lui était donc la bonne. Il faut que je l’oublie et quel est le meilleur moyen pour ça ? Rencontrer un autre garçon…

     

    ***

     

    -Alors c’est qui ?

     

    Confortablement installé dans les bras de ma meilleure amie, ma tête posée sur ses jambes, j’attends avec appréhension de connaitre le visage du garçon qu’elle m’a choisi.

     

    -Ce n'est pas un garçon que j'ai trouvé sur Simsavie. Pour tout te dire, tu as eu beaucoup de succès mais rien de sérieux, enfin rien qui vaille la peine de te déranger.

    -Alors tu me l'as déniché où cette perle rare ?

    -C'est le meilleur ami de l'une de mes vieilles copines. Nous vous avons organisé un rendez-vous.

    -Quand ?

    -Vendredi soir. Mais il va falloir qu'on aille faire les boutiques.

    -Tu lui reproche quoi à mon style vestimentaire...

     

    Elle éclate de rire devant ma mine faussement outrée. Elle m’a montré la photo du fameux David et je dois bien avouer qu’il est vraiment pas mal du tout. Je pourrais essayer… Qui ne tente rien, n’a rien après tout…

     

    ***

     

    Le lendemain, Aya me traine dans toute la ville pour me trouver la tenue qui fera chavirer le cœur de David. Mais bien vite elle se fatigue et je dois l’accompagner à l’hôpital. Je ne suis pas au mieux de ma forme non plus, mais mon inquiétude face à son malaise dépasse ma propre fatigue.

     

    -Tu es certaine que tu vas bien ? Je m’inquiète en la voyant pâle.

    -Mais oui ne t’en fais pas. Je ne regrette pas cette journée avec toi. Je suis heureuse que tu reprennes un peu de punch.

    -Tu n’avais pas besoin de te fatiguer à ce point…

    -Ecoute, je devais rester à l’hôpital cette semaine, du coup cela ne va rien changer. Et puis, quitte à mourir bientôt autant que je prenne du plaisir avant.

     

    Elle dit cela avec le sourire. Elle est parvenue à se faire à l’idée de mourir bientôt mais moi je ne suis pas prêt… Je ne veux pas imaginer ma vie sans elle… Elle ne peut pas me quitter ainsi. Elle remarque aussitôt mon trouble et s’excuse aussitôt.

     

    -Je suis désolée Tim, mais c’est la vie. A moins d’un miracle, je vais bientôt mourir. Il faut que tu te fasses à cette idée.

     

    Je ne veux pas… Je ne peux pas… Je la quitte les larmes aux yeux et le cœur lourd…


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